La fermeture de l’exposition Van der Weyden n’est pas un fait isolé. Au cours des quatre dernières années, les MRBAB et le Musée du Cinquantenaire ont connu un parcours plus que chaotique, estime la politicienne bruxelloise et initiatrice du Musée Au Canal Yamila Idrissi. Elle plaide pour une autre structure de gestion pour les grands musées bruxellois. 

Chronique d’une débâcle annoncée:

- En 2009, 842 tableaux d’anciens maîtres stockés dans le dépôt des MRBAB ont été endommagés à cause d’une hygrométrie trop élevée.

- Fin janvier 2011, l’aile d’Art Moderne des MRBAB a été fermée sous un tollé de protestations. Plus de 4000 tableaux, 7000 dessins et 1500 sculptures ont disparu dans le dépôt.

- L’an dernier, la prestigieuse exposition « Dalí, Magritte, Miro. Le surréalisme à Paris » a été annulée au dernier moment par mesure d’économie.

- Un peu plus tard, l’expo Klimt qui devait être organisée aux Musées Royaux d’Art et d’Histoire en l’honneur du 150e anniversaire du peintre a été annulée. Malgré la présence à Bruxelles du palais Stoclet, le chef-d’œuvre absolu de la Sécession viennoise, Bruxelles est une fois de plus restée sur la touche.

- Récemment, en septembre, on a appris que quatre médaillons avaient été volés au Musée du Cinquantenaire, ce qui a mis en question la sécurité, l’état des dépôts et l’efficacité des inventaires.

- En octobre, la tour japonaise et le pavillon chinois, qui font tous deux partie du Musée du Cinquantenaire, ont fermé pour délabrement.

- La semaine dernière, nous avons entendu que la grande exposition consacrée au primitif flamand Rogier van der Weyden, qui abritait des œuvres prêtées par des musées figurant parmi les plus renommés au monde, a dû fermer prématurément un mois après son ouverture pour risque de dégât des eaux.

Pour la parlementaire flamande bruxelloise Yamila Idrissi, il est clair que ces dommages sont particulièrement importants. « Il ne fait nul doute que la fermeture de l’exposition Van der Weyden est synonyme de débâcle financière pour les MRBAB. » Le coût de prêt des œuvres d’art et les assurances sont à eux seuls estimés à 1 million d’euros. De plus, le musée passe à côté de 60.000 entrées, soit une recette de 600.000 euros.

« Outre les implications financières, nous démontrons également que nous sommes des acteurs de niveau provincial et pas international », estime Yamila Idrissi. Des études internationales placent Bruxelles aux côtés d’autres villes telles que Paris, Londres et Rome dans la catégorie des villes historiques mondiales, mais Bruxelles ne parvient pas à exploiter le potentiel présent comme il se doit. L’atteinte à l’image internationale est colossale. Des musées comme le Prado, le Louvre, la National Gallery ou le Metropolitan Museum y réfléchiront à deux fois avant de prêter à nouveau une œuvre au MRBAB. Ils risquent à l’avenir de mettre Bruxelles à l’écart. « À moins qu’il ne s’agisse d’une manière originale de promouvoir le surréalisme en Belgique et à l’étranger, je pense que l’on peut parler ici de faute grave sur le plan juridique », conclut Yamila Idrissi.

Yamila Idrissi se demande à voix haute si la gestion des institutions fédérales ne devrait pas être revue et appelle à mettre en place une vision muséale au niveau compétent. Elle propose d’élaborer une autre structure de gestion pour les grands musées bruxellois. « Nous devons examiner s’il est possible de séparer la politique scientifique (recherche, conservation, politique d’achat, politique pédagogique…) de la gestion des bâtiments, de la gestion du personnel et du management. Les institutions scientifiques fédérales doivent s’occuper du cœur de leur mission, c’est-à-dire l’exploitation d’un musée comme une institution scientifique. »