Son sp.a ne veut pas régionaliser la santé, les allocations familiales, l'impôt des sociétés… Mais scinder BHV. Et regrouper les élections.

A 32 ans, Caroline Gennez se fixe pour mission de redresser un parti socialiste au plancher en Flandre, carré dans l'opposition au fédéral…

Vous n'étiez pas dans le gouvernement intermédiaire, vous ne serez pas dans le définitif. Pas de regret ?

Non. Cela reste un gouvernement sans projet, paralysé par le communautaire. Ils ne font pas de la politique. D'ailleurs, je ne vois pas un gouvernement. Je vois des ministres, des présidents de partis qui négocient…

Ils discutent tout de même d'un programme, et des clivages gauche-droite s'expriment…

Oui, mais il n'y a pas de projet. Pas de projet de société. Or, ce qui compte pour un parti, c'est de pouvoir réaliser son programme.

Vous pensez que ce ne sera pas un gouvernement « définitif » ?

Ils le disent eux-mêmes. Ce sera un gouvernement virtuel, jusqu'au début du mois de juillet.

Le sp.a n'aurait-il pas pu y exprimer sa différence ?

Nous, on voulait réaliser un programme social : le pouvoir d'achat, la sécurité, les pensions. Mais pas tout axer sur le communautaire. Le communautaire paralyse le pays. On veut être constructifs : il faut une réforme de l'Etat sinon cela reste à l'agenda. C'est pour cela qu'on a participé à la première phase de la réforme de l'Etat. Mais on n'est pas Saint Nicolas, hein ?

Donc, si un nouveau groupe des sages se met en place pour la seconde phase, vous n'y participerez pas ?

Reynders a dit que c'est le gouvernement qui devra décider. Maintenant, j'entends Dewael dire qu'il faut un groupe des sages ! On évaluera si on nous fait une proposition sérieuse.

Mais il est donc possible que le sp.a ne participe pas à l'élaboration de la seconde phase de la réforme de l'Etat…

C'est possible. Le sp.a n'est pas partie prenante d'une régionalisation de la santé, des allocations familiales, de l'impôt des sociétés…

Celle de l'emploi, tout de même.

On peut en parler, mais je ne veux pas qu'on touche à la solidarité, ni qu'on ait des allocations de chômage différentes au Nord et au Sud. Pour nous, ce qui prime, c'est la solidarité, et la cohérence des compétences.

En tout cas, ce qui est important pour le pays, c'est une réforme qui puisse à nouveau marquer une ère de stabilité. Car si on continue les discussions comme ces derniers dix mois, cela en sera fini de la Belgique ! Il y en a peut-être qui veulent cela au Nord comme au Sud. Moi, je ne suis pas pour la fin de la Belgique, mais pour des gouvernements qui fonctionnent bien, au fédéral, comme au niveau régional.

Vous voulez donner plus de responsabilités aux Régions, mais vous n'êtes pas demandeuse d'une réforme de l'Etat… Quid ?

Mais je l'ai dit : il faut négocier une réforme de l'Etat mais tout dépend du contenu. Pour un socialiste, ce qui est important, c'est que l'autorité publique soit forte. J'étais demandeuse d'une régionalisation de la politique des loyers afin que tous les instruments se retrouvent à ce niveau de pouvoir. Même chose pour la sécurité routière.

Mais pour commencer, il faut des élections fédérales et régionales au même moment. Comme cela, on pourra gouverner quatre ou cinq ans sans être paralysés les uns par les autres. On va aussi générer de nouveaux politiciens. Aujourd'hui, on a toujours les mêmes figures.

On aurait ainsi des législatures parallèles et verrouillées, sans plus de possibilité d'élections anticipées…

En effet, comme c'est le cas déjà dans les Régions. On ne pourrait plus « tomber ». Les parlementaires fédéraux seraient élus pour une période fixe, cinq ans par exemple. Voyez où ça nous mène les législatures ouvertes : près d'un an de crise !

Au fait : il y a quinze jours, vous avez dit votre préférence pour un « Olivier » (une alliance sans les libéraux) au gouvernement… Ce n'est pas un peu tard ?

Cela fait deux ou trois mois que je dis cela ! Ce serait une coalition plus logique.

Logique ? Pas en Flandre…

Mais en Flandre, l'Olivier a une majorité, en sièges au parlement, plus large que l'Orange bleue ! Ce serait un gouvernement progressiste. Le VLD, lui, va chaque jour plus à droite.

Mais même dans un Olivier, avec la N-VA, vous n'éviteriez pas le communautaire…

L'Olivier pourrait faire une chose que la troupe autour de la table ne peut faire : un accord sur BHV ! Je crois que c'est plus facile de scinder BHV avec le PS et le CDH qu'avec le MR de Maingain. Si on fait BHV et une réforme logique sur le plan communautaire, on pourrait avoir une période de stabilité. J'en ai parlé à Leterme, à Schouppe, à Milquet. Ils n'étaient pas forcément pas d'accord… Mais le CD&V a préféré aller avec les libéraux.

Le fait que le PS, lui, participe au gouvernement, cela ne vous dérange pas ?

Je comprends le PS quand il dit qu'il est en charge dans les Régions wallonne et bruxelloise et qu'il ne veut pas laisser détruire son travail par un gouvernement fédéral qui lui serait hostile. Et puis, si j'étais à la tête d'un parti qui fait 30 % des voix, j'aurais peut-être la même approche.

Les derniers sondages ne montrent pas une reprise du sp.a. Comment sauver la mise d'ici 2009 ?

Nous devons incarner la force de gauche qui a de l'ambition, qui a un rêve de société. Il faut dire ce qu'on croit, faire ce qu'on dit, être proche des gens.

Repositionner le sp.a à gauche, soit, mais comment faire dans une société flamande obsédée par le communautaire ? Aux dernières élections, les partis avec un programme communautaire fort ont progressé. On peut sortir de ça ?

Il « faut » sortir de ça ! Le Vlaams Belang l'a dit pendant des années, puis la N-VA, le CD&V, la liste Dedecker : tous les problèmes de la Flandre seraient résolus s'il n'y avait pas les Wallons – et on peut s'estimer contents quand ils ne parlent pas des « sales Wallons » !… Il faut sortir de ça ! Bien sûr, tout le monde doit assumer ses responsabilités, la Wallonie comme les autres régions, par exemple par rapport au chômage, à l'enseignement, mais il faut rester solidaires les uns avec les autres.

Vous osez tenir ce discours en Flandre ?

Oui. Je le fais. Je tiens toujours un discours nuancé, de bon sens.

Et vous avez du répondant ?

On verra. On est dans un climat très « anti », très antagoniste, je suis minoritaire en disant des choses comme ça, en tout cas dans la classe politique, mais parmi les gens, c'est différent… Eux, ce qui les préoccupe, c'est le pouvoir d'achat, puis la sécurité, enfin le communautaire, en troisième position seulement. En plus, ils commencent à sentir que le communautaire bloque tout le reste, qu'il faut une solution pour avancer, mais pas pour écraser l'autre. Cela étant, du côté francophone aussi il y a un problème : beaucoup de partis chez vous croient encore dans une Belgique de papa qui n'existe plus ! C'est fatigant parfois.

Exemple : la circonscription fédérale ?

C'est une idée défendable en soi, mais à quoi cela sert-il s'il n'y a pas de partis fédéraux ?… Or, cela n'existe plus.

Vous évoquiez le discours anti-wallon… Il est passé dans la population au Nord.

La population l'a intégrée, en effet. L'image du frein, du blocage… Je vous l'ai dit. Mais moi, je lutte contre ça. Avant, en Flandre, il y avait un discours anti-Marocain, anti-islam, maintenant anti-Wallon… C'est un peu comparable : le discours de la haine, qui désigne un responsable pour tout ce qui ne va pas. Le Vlaams Blok a fait sa propagande de cette façon, puis la N-VA, le CD&V, la liste Dedecker, ont cultivé eux aussi ces idées.

Vous décrivez le sp.a comme un parti ouvert, modéré, nuancé en matière communautaire, mais le 9 octobre 2007, en commission parlementaire, votre parti a voté la scission de BHV…

Oui, car, ne nous trompons pas : pour moi, la scission de BHV est très logique. Je suis citoyenne du monde, pas du tout nationaliste, mais là, ça n'a rien à voir, c'est pure logique.

Logique ?

Oui. Il y a la Wallonie, Bruxelles, la Flandre, avec un découpage des arrondissements électoraux par province partout dans le pays, sauf BHV, voilà.

Le régime des facilités subsisterait-il dans la périphérie bruxelloise ?

A discuter dans les négociations.

Les partis francophones disent : la scission de BHV contre l'élargissement…

Des symboles. Je ne pense pas que ça puisse être accepté en Flandre.

Certains prétendent que la Belgique s'évapore, irrémédiablement…

Ils prennent leurs souhaits pour la réalité. Moi, je ne vois pas les choses comme ça. Je suis originaire du Limbourg, je vis à Malines, je suis flamande, je suis Belge, j'ai vécu à Bruxelles, j'ai étudié en Irlande… Je ne veux pas la fin de la Belgique. Je veux un pays qui reste fort, un Etat solide, pour gérer tous ensemble ce qu'on appelle la « question sociale », la solidarité, la Sécu, les pensions à venir. Moi, j'aime ce pays, avec Bruxelles, capitale européenne ouverte à tous. Nous serions stupides de sacrifier tout ça.