Le vote récent à propos du décumul (le fait que l’on ne puisse pas être à la fois échevin/bourgmestre et député) a trouvé une large majorité au Parlement bruxellois, mais pas dans le groupe linguistique néerlandophone. Ce qui signifie que, pour l’instant, le décumul ne sera pas appliqué. Différents leaders d’opinion, chez Bruzz également, sont tombé dans le panneau selon lequel la majorité francophone essaie d'imposer le décumul à la minorité néerlandophone. Ici, on explique le décumul comme un dossier « communautaire ».


En tant que co-proposant de la proposition, je ne suis fondamentalement pas d’accord. Le décumul porte sur la bonne gouvernance. La « communautarisation » des dossiers est un truc connu en politique belge pour éliminer une discussion sur le fond. La population demande, à juste titre, que les politiciens qui sont élus et payés pour une fonction, l’exécutent aussi avec tout le temps et l’attention nécessaires. Mais l’importance du décumul va encore plus loin que cela. Cela fait 10 ans, déjà que le sp.a plaide de manière conséquente pour une politique urbaine forte pour l’ensemble de Bruxelles. Les défis en matière de pauvreté, de pollution atmosphérique, d’exode urbain, ou d’embouteillages sont si importants que l’on ne peut les relever de manière efficace qu’au niveau de la Région bruxelloise. Ceci nécessite un Gouvernement bruxellois puissant et un Parlement bruxellois fort, qui ne se font pas bloquer par des mandataires locaux, comme c’est souvent le cas aujourd’hui. C’est pourquoi le décumul est un pas vers une meilleure gouvernance. Via le décumul, il y a effectivement une séparation claire entre la fonction de député bruxellois et de dirigeant local.


Par ailleurs, il n’est pas sans risque de communautariser un débat de fond sur une meilleure gouvernance pour Bruxelles. À long terme, cela menace la protection des néerlandophones à Bruxelles. En abusant de la notion de « communautaire », on la vide systématiquement de sa substance. Le jour où les droits des néerlandophones seront réellement visés, nous risquons que les arguments communautaires ne soient plus pris au sérieux. Car soyons clairs : la protection des droits des néerlandophones à Bruxelles est essentielle. Le sp.a ne se lancera jamais dans un démantèlement de ces droits.


Notre message à nos collègues néerlandophones au Parlement est dès lors le suivant : walkyour talk. Nous constatons que tous les partis flamands se prononcent pour une gouvernance meilleure et plus homogène pour Bruxelles. Il ne suffit toutefois pas d’annoncer de grandes visions. Si, dans des dossiers concrets, lorsqu’il faut voter pour une meilleure gouvernance bruxelloise, ces mêmes partis flamands font preuve de frilosité. Le vote de vendredi dernier le prouve : les partis flamands N-VA, Open VLD et CD&V, ainsi que les francophones du MR, ont voté contre le décumul et ne veulent pas abandonner leurs mandats combinés d’échevin/bourgmestre et de député. Avec les élections en vue, cela signifie peut-être pour certains un autre plan de carrière. Mais cela ne me semble pas un bon argument pour contrer une gouvernance plus transparente et plus cohérente pour Bruxelles.


Jef Van Damme

Chef du groupe sp.a au Parlement bruxellois