Caroline Gennez s'impose de plus en plus à la tête des socialistes flamands. Mais il lui faudra du temps pour construire un nouveau projet politique. Sans doute ne sera-t-il pas prêt avant 2011.

Tandis qu'Yves Leterme essaie de prouver qu'il est capable de gouverner le pays, les socialistes flamands sont à la recherche du renouveau. S'ils ne l'ont pas encore vraiment trouvé dix mois après la catastrophe que fut pour eux le scrutin fédéral, ils peuvent se consoler en se disant qu'ils ont un nouveau patron. En fait, une patronne. Certes, ils avaient élu, en septembre 2007, Caroline Gennez comme nouvelle présidente du parti. Mais ses débuts n'étaient pas prometteurs. L'ex-président Johan Vande Lanotte avait adoubé son successeur sans que les militants aient eu l'opportunité de se prononcer sur la direction du parti. Beaucoup se demandaient si Madame Gennez avait le panache pour s'imposer comme vraie leader.

La fin des "teletubbies”
La nouvelle présidente devait, avant tout, mettre fin à l'ère des "teletubbies”, période où le parti était dominé par Steve Stevaert, Johan Vande Lanotte, Patrick Janssens et Frank Vandenbroucke. Les trois premiers se sont reconvertis dans d'autres fonctions. Ces derniers mois, Caroline Gennez a remplacé leur style autoritaire de gestion, qui étouffait toute opinion divergente, par un grand débat sur la question de savoir où sont passés les grands idéaux du socialisme. Et depuis quelques jours, la nouvelle présidente a également croisé le fer avec le dernier survivant des "teletubbies”, Frank Vandenbroucke, qui reste, comme ministre dans le gouvernement flamand, le porte-bannière des socialistes en Flandre. Frank Vandenbroucke a la réputation d'être non seulement très intelligent, mais aussi opiniâtre et peu flexible. Il l'a prouvé récemment, une fois de plus, quand il a ouvertement menacé de démissionner si sp.a, ne s'engageait pas dans la négociation sur la réforme de l'État. Mais l'ultimatum de la figure de proue du socialisme flamand n'a pas vraiment impressionné Madame Gennez. Elle a rappelé le ministre à l'ordre et lui a fait comprendre qu'il devra accepter l'idée que le parti est dorénavant dans l'opposition au niveau fédéral, et que la nouvelle présidente n'a pas l'intention de dépanner la majorité. Frank Vandenbroucke s'est vu remis à sa place.

Paradoxalement, de cette discorde ouvertement étalée entre le vice premier flamand et la présidente, le sp.a est sorti renforcé, parce qu'il vient de découvrir un véritable chef. Madame Gennez a prouvé à tous que c'est elle qui va mener le parti dans la construction d'un nouveau projet politique. Ce ne sera pas chose simple. Une bonne partie de l'électorat ouvrier s'est laissée séduire par le populisme de la Liste De Decker. Dans la traduction des préoccupations sociales, le SP.A rencontre pas mal de concurrence. Sur le plan éthique, les libéraux flamands se montrent plus à gauche que beaucoup de camarades. Le socialisme flamand a donc vraiment besoin d'une longue période de réflexion. Caroline Gennez l'a fait comprendre, en disant qu'elle veut reconquérir le terrain perdu lors des élections fédérales de 2011. En d'autres mots : le sp.a nouveau ne sera pas encore né aux élections régionales de 2009. Caroline Gennez veut défricher de nouveaux horizons. Elle l'a fait comprendre il y a une semaine, quand elle a organisé au parc animalier de Planckendael une "journée des familles”. Les 4000 participants y ont appris que les valeurs chaleureuses de la famille ne sont pas l'exclusivité des chrétiens-démocrates. Le nouveau projet socialiste sera donc aussi un projet axé sur la famille. Madame Gennez n'a pas uniquement opté pour l'opposition, elle a aussi décidé de suivre une stratégie offensive.