Vandaag is de strijd tegen racidalisering meer dan ooit nodig. In het hart van Brussel wordt er vanuit de Grote Moskee in het Jubelpark, die geleid wordt door Saoudi-Arabie, het wahabisme verspreid. Deze ultraorthodoxe  vorm van de Islam is een voedingsbodem voor radicalisering en mag geen plek krijgen in onze samenleving. De Belgische overheid kan niet enerzijds het terrorisme bestrijden en anderzijds de Saoudische verspreiders van het Wahabisme omhelzen. Het is dan ook onmogelijk geworden om deze spreidstand vol te houden. Hoog tijd om onder het mom van” practice what you preach” de radicalisering aan te pakken.  Gerenommeerd Agerijns schrijver Kamel Daoud maakte een scherpe analyse van de dubbele houding van Saoudi-Arabie.

 

Version française en-dessous

 

Saudi Arabia, an ISIS That Has Made It

By KAMEL DAOUD

 New York Times NOV. 20, 2015

 

Black Daesh, white Daesh. The former slits throats, kills, stones, cuts off hands, destroys humanity’s common heritage and despises archaeology, women and non-Muslims. The latter is better dressed and neater but does the same things. The Islamic State; Saudi Arabia. In its struggle against terrorism, the West wages war on one, but shakes hands with the other. This is a mechanism of denial, and denial has a price: preserving the famous strategic alliance with Saudi Arabia at the risk of forgetting that the kingdom also relies on an alliance with a religious clergy that produces, legitimizes, spreads, preaches and defends Wahhabism, the ultra-puritanical form of Islam that Daesh feeds on. 

Wahhabism, a messianic radicalism that arose in the 18th century, hopes to restore a fantasized caliphate centered on a desert, a sacred book, and two holy sites, Mecca and Medina. Born in massacre and blood, it manifests itself in a surreal relationship with women, a prohibition against non-Muslims treading on sacred territory, and ferocious religious laws. That translates into an obsessive hatred of imagery and representation and therefore art, but also of the body, nakedness and freedom. Saudi Arabia is a Daesh that has made it.

The West’s denial regarding Saudi Arabia is striking: It salutes the theocracy as its ally but pretends not to notice that it is the world’s chief ideological sponsor of Islamist culture. The younger generations of radicals in the so-called Arab world were not born jihadists. They were suckled in the bosom of Fatwa Valley, a kind of Islamist Vatican with a vast industry that produces theologians, religious laws, books, and aggressive editorial policies and media campaigns.

One might counter: Isn’t Saudi Arabia itself a possible target of Daesh? Yes, but to focus on that would be to overlook the strength of the ties between the reigning family and the clergy that accounts for its stability — and also, increasingly, for its precariousness. The Saudi royals are caught in a perfect trap: Weakened by succession laws that encourage turnover, they cling to ancestral ties between king and preacher. The Saudi clergy produces Islamism, which both threatens the country and gives legitimacy to the regime.

One has to live in the Muslim world to understand the immense transformative influence of religious television channels on society by accessing its weak links: households, women, rural areas. Islamist culture is widespread in many countries — Algeria, Morocco, Tunisia, Libya, Egypt, Mali, Mauritania. There are thousands of Islamist newspapers and clergies that impose a unitary vision of the world, tradition and clothing on the public space, on the wording of the government’s laws and on the rituals of a society they deem to be contaminated.

It is worth reading certain Islamist newspapers to see their reactions to the attacks in Paris. The West is cast as a land of “infidels.” The attacks were the result of the onslaught against Islam. Muslims and Arabs have become the enemies of the secular and the Jews. The Palestinian question is invoked along with the rape of Iraq and the memory of colonial trauma, and packaged into a messianic discourse meant to seduce the masses. Such talk spreads in the social spaces below, while up above, political leaders send their condolences to France and denounce a crime against humanity. This totally schizophrenic situation parallels the West’s denial regarding Saudi Arabia.

All of which leaves one skeptical of Western democracies’ thunderous declarations regarding the necessity of fighting terrorism. Their war can only be myopic, for it targets the effect rather than the cause. Since ISIS is first and foremost a culture, not a militia, how do you prevent future generations from turning to jihadism when the influence of Fatwa Valley and its clerics and its culture and its immense editorial industry remains intact?

Is curing the disease therefore a simple matter? Hardly. Saudi Arabia remains an ally of the West in the many chess games playing out in the Middle East. It is preferred to Iran, that gray Daesh. And there’s the trap. Denial creates the illusion of equilibrium. Jihadism is denounced as the scourge of the century but no consideration is given to what created it or supports it. This may allow saving face, but not saving lives.

Daesh has a mother: the invasion of Iraq. But it also has a father: Saudi Arabia and its religious-industrial complex. Until that point is understood, battles may be won, but the war will be lost. Jihadists will be killed, only to be reborn again in future generations and raised on the same books.

The attacks in Paris have exposed this contradiction again, but as happened after 9/11, it risks being erased from our analyses and our consciences.

Kamel Daoud, a columnist for Quotidien d’Oran, is the author of “The Meursault Investigation.” This essay was translated by John Cullen from the French.

 

Daesh noir, Daesh blanc. Le premier égorge, tue, lapide, coupe les mains, détruit le patrimoine de l’humanité, et déteste l’archéologie, la femme et l’étranger non musulman. Le second est mieux habillé et plus propre, mais il fait la même chose. L’Etat islamique et l’Arabie saoudite. Dans sa lutte contre le terrorisme, l’Occident mène la guerre contre l’un tout en serrant la main de l’autre. Mécanique du déni, et de son prix. On veut sauver la fameuse alliance stratégique avec l’Arabie saoudite tout en oubliant que ce royaume repose sur une autre alliance, avec un clergé religieux qui produit, rend légitime, répand, prêche et défend le wahhabisme, islamisme ultra-puritain dont se nourrit Daesh.

Le wahhabisme, radicalisme messianique né au 18ème siècle, a l’idée de restaurer un califat fantasmé autour d’un désert, un livre sacré et deux lieux saints, la Mecque et Médine. C’est un puritanisme né dans le massacre et le sang, qui se traduit aujourd’hui par un lien surréaliste à la femme, une interdiction pour les non-musulmans d’entrer dans le territoire sacré, une loi religieuse rigoriste, et puis aussi un rapport maladif à l’image et à la représentation et donc l’art, ainsi que le corps, la nudité et la liberté. L’Arabie saoudite est un Daesh qui a réussi.

Le déni de l’Occident face à ce pays est frappant: on salue cette théocratie comme un allié et on fait mine de ne pas voir qu’elle est le principal mécène idéologique de la culture islamiste. Les nouvelles générations extrémistes du monde dit « arabe » ne sont pas nées djihadistes. Elles ont été biberonnées par la Fatwa Valley, espèce de Vatican islamiste avec une vaste industrie produisant théologiens, lois religieuses, livres et politiques éditoriales et médiatiques agressives.

On pourrait contrecarrer : Mais l’Arabie saoudite n’est-elle pas elle-même une cible potentielle de Daesh ? Si, mais insister sur ce point serait négliger le poids des liens entre la famille régnante et le clergé religieux qui assure sa stabilité — et aussi, de plus en plus, sa précarité. Le piège est total pour cette famille royale fragilisée par des règles de succession accentuant le renouvellement et qui se raccroche donc à une alliance ancestrale entre roi et prêcheur. Le clergé saoudien produit l’islamisme qui menace le pays mais qui assure aussi la légitimité du régime.

Il faut vivre dans le monde musulman pour comprendre l’immense pouvoir de transformation des chaines TV religieuses sur la société par le biais de ses maillons faibles : les ménages, les femmes, les milieux ruraux. La culture islamiste est aujourd’hui généralisée dans beaucoup de pays — Algérie, Maroc, Tunisie, Libye, Egypte, Mali, Mauritanie. On y retrouve des milliers de journaux et des chaines de télévision islamistes (comme Echourouk et Iqra), ainsi que des clergés qui imposent leur vision unique du monde, de la tradition et des vêtements à la fois dans l’espace public, sur les textes de lois et sur les rites d’une société qu’ils considèrent comme contaminée.

Il faut lire certains journaux islamistes et leurs réactions aux attaques de Paris. On y parle de l’Occident comme site de « pays impies »; les attentats sont la conséquence d’attaques contre l’Islam ; les musulmans et les arabes sont devenus les ennemis des laïcs et des juifs. On y joue sur l’affect de la question palestinienne, le viol de l’Irak et le souvenir du trauma colonial pour emballer les masses avec un discours messianique. Alors que ce discours impose son signifiant aux espaces sociaux, en haut, les pouvoirs politiques présentent leurs condoléances à la France et dénoncent un crime contre l’humanité. Une situation de schizophrénie totale, parallèle au déni de l’Occident face à l’Arabie Saoudite.

Ceci laisse sceptique sur les déclarations tonitruantes des démocraties occidentales quant à la nécessité de lutter contre le terrorisme. Cette soi-disant guerre est myope car elle s’attaque à l’effet plutôt qu’à la cause. Daesh étant une culture avant d’être une milice, comment empêcher les générations futures de basculer dans le djihadisme alors qu’on n’a pas épuisé l’effet de la Fatwa Valley, de ses clergés, de sa culture et de son immense industrie éditoriale?

Guérir le mal serait donc simple ? A peine. Le Daesh blanc de l’Arabie Saoudite reste un allié de l’Occident dans le jeu des échiquiers au Moyen-Orient. On le préfère à l’Iran, ce Daesh gris. Ceci est un piège, et il aboutit par le déni à un équilibre illusoire : On dénonce le djihadisme comme le mal du siècle mais on ne s’attarde pas sur ce qui l’a créé et le soutient. Cela permet de sauver la face, mais pas les vies.

Daesh a une mère : l’invasion de l’Irak. Mais il a aussi un père : l’Arabie saoudite et son industrie idéologique. Si l’intervention occidentale a donné des raisons aux désespérés dans le monde arabe, le royaume saoudien leur a donné croyances et convictions. Si on ne comprend pas cela, on perd la guerre même si on gagne des batailles. On tuera des djihadistes mais ils renaîtront dans de prochaines générations, et nourris des mêmes livres.

Les attaques à Paris remettent sur le comptoir cette contradiction. Mais comme après le 11 septembre, nous risquons de l’effacer des analyses et des consciences.